Chers étudiants fauchés, crisards culturels, ou adeptes des plateaux-télé,
Rappelez-vous ce vieil adage : «La télé c’est nul et la culture populaire c’est à chier». Ce discours constructif largement repris par de prétendus intellectuels qui cachent leur télé derrière leur bibliothèque, est très en vogue lorsqu’il s’agit de paraître cultivé en société -d’ailleurs, ne serait-ce pas un ancien Paris Flash là, caché sous le Bon Usage Du Français ?
Avides de bêtises et curieux de nullités, avouons que nous adorons parfois rester passifs devant un écran et nous nourrir abusivement de la déferlante d’images télévisées…quel bon breuvage font-elles de temps en temps ! Le tout est d’en être conscient.
Internet comme nouvelle extension de la télévision ? Thierry Ardisson, producteur et animateur, provocateur et habile interviewer vient de lancer depuis peu un site internet retraçant toute sa carrière, en partenariat avec l’INA. Quels sont les intérêts de ce site dans une société qui dîne devant la télé depuis des années, c’est la question que nous pourrions nous poser.
Si Ardisson fait parti de ces animateurs qui ont toujours la côte, c’est que cet ancien publicitaire sait parfaitement manier l’art du slogan et du concept. Dés les années 80 son étiquette de roi des branchés et pape des soirées parisiennes s’accroche à la boutonnière de son costume de scène constitué d’une paire de lunettes noires et d’une veste de costard. Il casse les codes d’une télévision polie et bien élevée où le sexe, la drogue, l’alcool, la clope ou la prostitution restent des sujets tabous. Ainsi des centaines d’artistes, d’intellectuels, de politiques, de people et de bimbos vont se croiser dans une ambiance fun et formatée.
Télévision trash, moments d’émotion, questions gênantes et questions de fond engendrent des tentions et font grimper l’audimat tandis que le CSA frôle la crise cardiaque. Lorsque le scandale et le spectaculaire s’en mêlent, l’animateur devient la vedette de son show. Ce savant mélange de sérieux et de divertissement ponctué de jingles et d’interviews cadrées fait le bonheur d’un public qui voue presque un culte à l’animateur. Ardisson est un produit à lui tout seul, mais, à défaut de certains de ces invités, un produit dont la date de péremption n’est toujours pas entamée.
Le téléspectateur sait qu’à ses côtés, il côtoiera les politiques dans leur intimité, dînera avec des stars 93 Faubourg St Honoré, et participera à des débats de société du style est-ce que sucer c’est tromper (interview célèbre de Michel Rocard).
Dit comme ça, vous avez peut-être un peu de mal à comprendre l’intérêt de ce «mausolée numérique» à la fois objet de modernité et démonstration d’une mégalomanie exacerbée. Mais si Ardisson ne fait pas l’unanimité, reconnaissons lui le mérité d’avoir parié sur des chevaux peu présents dans la course à la célébrité. Aujourd’hui, la télévision n’offre plus grande tribune à ceux qui le mériteraient et même Loana s’en est absentée. L’actualité de certains intellectuels n’intéresse plus les médias qui zappent le moins populaire pour promouvoir le plus niais. Alors quelque soit la manière dont Ardisson le fait, avouons tout de même qu’il a osé faire venir à la télé ceux que plus personne n’osent inviter faute d’audimat… ou de concepts à succès. En bref, ce site n’est pas un objet de culture à proprement parler, mais il y cache des moments qui se font rares aujourd’hui sur le petit écran. En bref, http://www.thierryardisson.fr, un site à picorer au lieu de rester planter devant les programmes spécial Noël et autres compilations des moments forts de la télé-réalité !
Amis de l’homme en noir, bonsoir.
Comme le site n’est pas très pratique à consulter, quelques morceaux choisis à condition de prononcer la phrase magique : «Magnéto Serge» !
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